Ecosystème sain pour corps sain
Par Bruno Dumait, mercredi 3 décembre 2008 à 13:10 :: Humeur :: #43 :: rss
Un texte de Kenny Ausubel paru dans courrier Internationnal n°581 du 20 décembre 2001 et repris dans le numero Hors-Serie octobre-novembre-decembre 2008.
Le premier pas vers un avenir plus sain réside, à mon sens, dans la médecine écologique. Lancée par un mouvement mondial de chercheurs, de médecins et de personnes particulièrement concernées par cette question, cette philosophie (qui est loin de faire l'unanimité) part du principe que, pour faire progresser la santé publique, il faut améliorer l'environnement. Elle s'articule autour du constat suivant. Dès le départ, la civilisation industrielle a eu le tort d'agir comme si les humains étaient extérieurs à la nature, au lieu de considérer qu'ils en font partie. Pour dire les choses simplement, l'amélioration de la santé humaine est inextricablement liée au bien-être écologique. L'interconnexion de toutes les vies est une vérité biologique fondamentale. En outre, la vie est menacée dans sa globalité : il n'existe pas d"`ailleurs" où déverser les dangereux produits dérivés de la société industrielle. La seule solution consiste donc à les éliminer de nos systèmes de production et, pour cela, il est primordial que l'opinion publique soit bien informée. Pour reprendre les mots de Carolyn Raffensperger, directrice exécutive du Science and Environmental Health Network (SEHN), une "médecine véritablement holistique ne s'arrête pas au lien entre le corps et l'esprit, mais prend en compte la globalité être humain-planète ". Voici quelques principes de base de la médecine écologique : - La médecine vise avant tout à créer les conditions indispensables à une bonne santé, afin de prévenir la maladie. Son deuxième objectif est de guérir. - La Terre est elle aussi la patiente du médecin. Le patient qui bénéficie des soins du médecin fait partie de la Terre. - Les êtres humains sont partie intégrante d'un écosystème. Si l'on part du principe écopsychologique selon lequel un écosystème perturbé peut entraîner des maladies mentales chez les êtres humains, un écosystème perturbé peut certainement les rendre malades physiquement. - La médecine ne doit pas aggraver les maladies des humains ou de la planète. Les pratiques médicales ne doivent pas en elles-mêmes causer de dommages à d'autres espèces ou à l'écosystème. Depuis plusieurs dizaines d'années, les milieux scientifiques et médicaux acceptent une certaine dose de pollution et de maladie comme étant le tribut de la vie moderne. C'est la notion de "paradigme du risque". Cela signifie que c'est à la société de prouver que les nouvelles technologies et techniques industrielles sont nocives, en général en ne considérant qu'une substance chimique ou bien qu'une technique à la fois. Le paradigme du risque assume que la Terre - ou notre organisme - est capable d'assimiler des degrés "acceptables" de contamination. Actuellement, dans le monde entier, on s'efforce de remplacer le paradigme du risque par le principe de précaution, fondé sur la reconnaissance des limites de la science en ce qui concerne la prévision des conséquences et dommages éventuel Le principe de précaution reconnait l'interconnexion de la vie dans son ensemble. Il renverse la charge de la preuve scientifique (et la responsabilité) : les entreprises promouvant des techniques potentiellement dangereuses doivent réaliser les travaux nécessaires pour l'évaluation des risques et se cantonner au stade expérimental tant qu'elles n'ont pas prouvé que ces techniques sont absolument sans conséquence sur l'environnement.
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